ANTANANARIVO, 10 mars 2026 — Ils étaient près de 200, venus d’horizons radicalement différents : ministres et représentants du Gouvernement de la Refondation, militants de partis politiques, jeunes du mouvement Gen Z, acteurs de la société civile. Tous réunis, le temps d’une journée, autour d’une question aussi technique que brûlante — la capture de l’État — à l’initiative de Transparency International Madagascar (TI-MG), avec l’appui de UK in Madagascar et en partenariat avec l’University of Sussex.
Un rassemblement rare, dans un contexte politique où le dialogue entre ces différentes sphères reste souvent difficile.
La capture de l’État, c’est ce glissement silencieux par lequel des intérêts privés ou politiques s’emparent progressivement du pouvoir de décision publique. Pas toujours visible, rarement spectaculaire, mais profondément destructeur.
Les intervenants ont dressé un tableau sans concession de ses effets, illustré par des exemples concrets tirés de plusieurs pays : croissance économique ralentie, pauvreté aggravée, institutions démocratiques vidées peu à peu de leur substance. Une mécanique d’érosion qui, une fois enclenchée, se révèle difficile à enrayer.
Mais la conférence n’a pas sombré dans le pessimisme. Des pistes de réforme et de résistance ont été explorées — des leviers concrets pour restaurer l’intégrité des institutions et construire une croissance bénéficiant réellement à tous.
Des experts nationaux ont pris le relais pour ancrer le débat dans la réalité malgache, à l’heure où le pays traverse un processus de refondation et un dialogue national dont les contours restent encore à préciser.
Leurs analyses ont fait émerger trois priorités récurrentes, revenues comme un leitmotiv au fil des échanges : la garantie d’élections libres et équitables, la préservation de la liberté d’expression, et le renforcement d’une lutte contre la corruption qui soit réelle, et non de façade.
Au-delà des analyses et des propositions, un fil conducteur a traversé l’ensemble de la rencontre, formulé avec une clarté presque désarmante : les institutions publiques doivent servir l’intérêt général — celui de tous les citoyens — et non celui d’une minorité qui aurait appris à les instrumentaliser.
Dans ce contexte de refondation, prévenir la capture de l’État n’est pas une option parmi d’autres. C’est une condition préalable à toute démocratie digne de ce nom, et à tout développement réellement équitable.
La conférence s’est achevée sur une conviction partagée : résister à la capture de l’État commence par la nommer, l’analyser et en débattre publiquement. La vigilance collective, ce n’est pas la fin du combat — c’est son point de départ.










